Peintre | France

Pascale Morelot-Palu

Le langage secret des couleurs   

Les murs lui tiennent lieu de paravent et leur pérennité de métaphore. Depuis sa chambre d’enfant, ils « lui murmurent » à l’oreille des secrets. Peu à peu, leurs susurrements s’emparent d’elle avec une familiarité étrange. Avant même qu’elle ne devienne architecte, une sensation particulière la motive à créer des murs autrement. Sur sa toile, elle dresse à l’horizontale un fond transparent. À la spatule, elle hausse des parois vers le ciel. En posant ainsi l’étendue des possibles et les points cardinaux, elle semble introduire dans cet espace planifié la terre noire et l’air qu’elle fait circuler. Elle fait venir la pluie torrentielle et le vent dévastateur accumulant les traces déferlantes de bleu, de noir, de vert. Entre des rochers opaques que l’on pense avoir été autrefois unis, on aperçoit l’océan et le ciel dégradant leurs lumières dans des tonalités diaphanes bleu irisé, gris ou roses-camélia du Japon. 

Des villes poussent au bord de mers étranges, une mélancolie poétique enveloppe leur superficie alors que dans des grottes alvéolées aux incisures suintantes, on croit découvrir des filières d’or et des minerais de  rubis.     

Dans l’enclos de ses murs, des jardins naissent suivant la trajectoire de ses gestes entrainés. Des jaunes de Naples, des noirs pour les tiges, comme pour dire qu’un jour elles s’en iront ailleurs, elles aussi. Le rouge garance signifiant leurs pétales rappellent la beauté de fragiles coquelicots. Des pans de murs métaphysiques séparent en deux un territoire abstrait  par des fentes creusées comme des balafres.     

Quelque chose à l’intérieur d’elle lui dicte de couvrir et d’effacer les traces déposées sur la toile comme pour instaurer les bienfaits de l’oubli. 

Entre les interstices de ses murs imaginés les teintes sombres et les teintes solaires transparaissent avec ténacité.  Elles harmonisent leurs présences et leurs tempéraments garantissent leur existence lacérée : « La disparition des choses très présentes dans le passé me touche », dit- elle. 

Bien plus, cette disparition est au cœur de son œuvre. À travers les espaces qu’elle invente, elle cherche à s’approprier le temps qu’englobe la réalité dans toutes ses dimensions. Dans un texte de 1888 Gauguin exprime son idée sur ce chapitre en disant que pour que  l’œuvre reste vivante il faut tirer un rideau sur le modèle et « peindre de mémoire » car seule « la sensation » et « l’intelligence de l’âme » survivent à « l’œil de l’amateur ». Deux œuvres radicales réalisées avec des cravates traduisent cet état d’esprit que Pascale Morelot-Palu éprouve violemment. L’artiste s’en prend au temps. Elle les assemblent pour que le soir elle défasse tout : « En laissant le temps passer, je gagne du temps ». Le syndrome de Pénélope c’est peut être ce moment de recul volontaire dans le temps qui échappe à son entourage parce qu’elle se soustrait au temps social et s’adonne à un temps absolu à travers l’action répétitive de l’assemblage, rappelant le tressage, la forme originaire de l’art. La réalité ne se montre que dans la mémoire et le passé est l’essence de nous-même, écrit Proust. Paradoxalement la série « La peau des murs » parle du présent. Comme une éponge elle s’imprègne de tout ce qui se passe autour d’elle. Un rouge brun apparaît, les jaunes sortis de tube aveuglent le regard effaçant à nouveau l’image. Le gris de payne devient un symbole presque.

Ses dernières toiles pulvérisent les murs. Leur  chair est sanglante.  Dans « Dispersion » la peinture imite l’écume de la mer incarnée dans le blanc de zinc. Ce qui lui a été cher et qui a disparu réapparaît et se réincarne dans la sensation que lui procure la couleur. L’affirmation de son style tient dans la restitution tangible et visuelle de ses tourments intimes à travers le langage  secret des couleurs.     

La fascination des murs 

Témoins de la vie qui les frôlent, les murs portent des traces singulières. Léonard de Vinci s’inspire de leurs taches pour peindre des paysages, Brassaï découvre la beauté résiduelle des graffitis avec son objectif. Ernest Pignon Ernest épouse les aspérités des parois des villes laissant le temps accomplir son travail. 

Les murs de Rome chargés de couches et de matière racontent la grande histoire, Pascale Morelot-Palu en est fascinée : « Je ne peins pas des murs parce que je suis architecte, je suis architecte parce que je peins des murs. » Son attention poétique à l’égard des murs fixe le noyau de la thématique de cette œuvre, ses étapes, ses séries. « Les torrents comme des murs », « L’âme des Murs », « Les murs sauvages », « les murs frontières », « Un souffle de mur ».

Elle peint avec l’émotion du peintre et les outils du maçon. Penchée sur la surface de sa toile posée à plat elle érige « des verticales côte à côte ».

Un mur absorbe sa nourriture, il boit, transpire, ternit, s’affaiblit et s’écroule. Quand l’ouvrier mécontent de sa paye glisse un œuf pourri dedans, la demeure de son commanditaire sent le soufre, elle est empoisonnée. Les murs, comme la mémoire, gardent, absorbent, enregistrent tout. 

Peindre des murs,  être à l’écoute des murs, passer à travers les murs, c’est l’irrépressible rêverie qui l’habite depuis toujours. Comme Proust qui, dans son huis-clos se laissa prendre par le pouvoir révélateur des odeurs, la petite fille à la santé fragile qu’elle a été signe un pacte autobiographique avec les murs aux frontières fantomatiques et flexibles de sa chambre d’enfant. 

L’artiste les ouvre, les enduit, les cache. Le désir de verticalité soutient leurs armatures abstraites. Elle les couvre et redécouvre, laissant transparaître des lumières, des traits, des colères, des blessures. L’artiste crée avec ferveur, attisant des fièvres et des délires intimes. Les ombres se meuvent, ses clairs obscurs vacillent. D’un tableau à l’autre ils s’apaisent, se refroidissent mais ne s’éteignent pas. Son œuvre s’accomplit couche sur couche, tel le palimpseste de sa mémoire. En dessous, la couleur clignote, signale son impatience de s’embraser à nouveau. Ses toiles naissent les unes des autres provoquées par un même volcan.

Par-delà le mur, la nature, la lumière, la délivrance. « Le jardin maléfique » est flamboyant d’étrangeté. Ses jets sombres et brutaux esquissent les tiges des fleurs. La goutte rouge tombée d’un geste nerveux forme leur corole, le violet contredit leur gaité. La rapidité du geste précipite l’arrivée d’un drame. L’impertinence dynamique de la nature  guette-t-elle la persévérance rationnelle du construit ?

Ses coquelicots sont solaires. La liberté de la nature serpentine trouble la verticalité de ses aspirations. Les jaunes et les rouges cernés de traits noirs rappellent la flore audacieuse de Joan Mitchell.  

Chez  Pascale Morelot-Palu deux gestes se font face. Celui qui aspire et celui qui se venge, celui qui pose, découvre, couvre, soigne, et l’autre, qui le contredit. 

Dans  « Un Souffle de mur » les deux gestes cohabitent. La lutte entre la force du chaos qui pulvérise et l’inlassable volonté de la verticale semble suspendue dans un équilibre métaphysique. Jacob et l’ange s’affrontent toujours, la volonté humaine et la force cosmique restent, surtout dans cette série, la grande question. 

Toutes les oeuvres de Pascale Morelot-Palu

Les murs – 1

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 2

146 × 114 cm Pascale Morelot-Palu 3600,00 

Les murs – 4

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 5

60 × 60 cm Pascale Morelot-Palu 1200,00 

Les murs – 13

40 × 40 cm Pascale Morelot-Palu 600,00 

N°15

40 × 40 cm Pascale Morelot-Palu 600,00 

Les murs – 17

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 18

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 19

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 20

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 23

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 25

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 28

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 29

200 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 4600,00 

Les murs – 30

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 31

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 35

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 36

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Les murs – 37

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs – 11

150 × 150 cm Pascale Morelot-Palu 5200,00 

Peau de mur – 1

114 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Peau de mur – 2

150 × 150 cm Pascale Morelot-Palu 5200,00 

Peau de mur – 4

120 × 160 cm Pascale Morelot-Palu 4600,00 

Peau de mur – 5

150 × 150 cm Pascale Morelot-Palu 5200,00 

Peau de mur – 6

130 × 134 cm Pascale Morelot-Palu 3900,00 

Peau de mur – 8

61 × 142 cm Pascale Morelot-Palu 2400,00 

Peau de mur – 10

146 × 97 cm Pascale Morelot-Palu 3500,00 

Peau de mur – 12

150 × 150 cm Pascale Morelot-Palu 5200,00 

Peau de mur – 13

150 × 150 cm Pascale Morelot-Palu 5200,00 

Peau de mur – 15

130 × 97 cm Pascale Morelot-Palu 3200,00 

Peau de mur – 16

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Peau de mur – 18

150 × 150 cm Pascale Morelot-Palu 5200,00 

N°19

146 × 114 cm Pascale Morelot-Palu 3600,00 

N°20

146 × 114 cm Pascale Morelot-Palu 3600,00 

Peau de mur – 21

130 × 97 cm Pascale Morelot-Palu 3200,00 

Peau de mur – 22

130 × 97 cm Pascale Morelot-Palu 3200,00 

Peau de mur – 23

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 

Peau de mur – 25

130 × 97 cm Pascale Morelot-Palu 3200,00 

Peau de mur – 26

100 × 73 cm Pascale Morelot-Palu 2000,00 

Les murs troués – 1

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs troués – 4

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 

Les murs troués – 5

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 
auto draft

Sérénité – 9

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 
auto draft

Sérénité – 10

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 
auto draft

Sérénité – 11

81 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2200,00 
auto draft

Sérénité – 1

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 
auto draft

Sérénité – 2

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 
auto draft

Sérénité – 3

100 × 100 cm Pascale Morelot-Palu 2800,00 
auto draft

Sérénité – 4

65 × 54 cm Pascale Morelot-Palu 1300,00 
auto draft

Sérénité – 5

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 
auto draft

Sérénité – 7

116 × 89 cm Pascale Morelot-Palu 2900,00 
auto draft

Sérénité – 6

60 × 60 cm Pascale Morelot-Palu 1200,00 
auto draft

Sérénité – 8

100 × 81 cm Pascale Morelot-Palu 2200,00